Les luttes contemporaines des peuples autochtones du Canada

Publié le : , par  Francine

La journée internationale de solidarité avec les peuples autochtones des Amériques a été décrétée en 1977 par les organisations amérindiennes rassemblées à l’ONU. Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une Journée décrétée par les Nations Unies, mais elle est célébrée dans de nombreux pays du monde. Elle entend commémorer le souvenir des peuples qui occupaient le continent américain avant sa colonisation par les Européens, aussi bien en Amérique du Sud qu’en Amérique du Nord.
Ce dossier aborde à l’occasion de cette journée la question des luttes contemporaines des peuples autochtones du Canada.

Les populations autochtones du Canada.

Au Canada, en 2011, plus de 1,4 million de personnes soit plus de 4%de la population s’auto-déclarent autochtones. Selon la loi constitutionnelle, les peuples autochtones [1] sont composés des Amérindiens qui sont majoritaires et appelés Premières Nations, des Métis et des Inuits. Les Premières Nations, ce sont plus de 50 nations différentes réparties sur tout le territoire.

Faire reconnaître les droits territoriaux.

Les peuples autochtones se sont battus pour préserver leur identité et affirmer leurs droits sur leurs territoires dès le début de la colonisation mais ce n’est que dans les années 60-70 que les revendications territoriales des communautés autochtones se sont multipliées. Les communautés autochtones du Nord canadien (territoires du Nord-Ouest et du Yukon, Colombie britannique) n’ont jamais officiellement cédé leurs droits ancestraux. Or, ces vastes régions, longtemps réservées au commerce des fourrures, renferment des gisements de matières premières (nickel, fer au Labrador, par exemple) et de ressources énergétiques ( pétrole, gaz en Alberta entre autres) que l’État veut exploiter. Des droits d’usage et des concessions sont ainsi accordées aux multinationales sans que les populations autochtones aient été consultées. Elles dénoncent ces accaparements de terres ancestrales, cette exploitation des richesses de leurs territoires comme une atteinte à leurs droits ancestraux, qui ont été pourtant reconnus par la constitution de 1982.

Une politique gouvernementale pour les territoires contestée.

Pour résoudre ces revendications territoriales, le gouvernement fédéral a mis en place à partir des années 70 une nouvelle politique : la politique des revendications territoriales globales [2]. Il décide de négocier avec les autochtones concernés un accord dont l’objectif est l’extinction de tout droit autochtone sur les territoires concernés. En contrepartie les autochtones reçoivent des allocations territoriales limitées, le droit de continuer la chasse et la pêche dans des zones bien définies ainsi qu’une compensation financière. A titre d’exemple, l’accord signé avec les Innus du Labrador leur reconnaît un territoire de 12950 km2 ainsi que des redevances sur l’exploitation des ressources et les installations hydroélectriques.
Pour l’année 2015, le gouvernement fédéral a déjà réglé 26 revendications territoriales globales. Des litiges ont été résolus mais les autochtones concernés ont perdu certains droits sur leur territoire. De plus, les droits concédés quant au maintien de leur mode de vie traditionnel fondé sur la chasse et la pêche perdent leur valeur en raison des dégâts écologiques causés par les multinationales.

Des revendications pour le droit à l’autonomie gouvernementale.

Les autochtones ont également des revendications politiques : ils considèrent que le droit à l’autonomie gouvernementale fait partie de leurs droits ancestraux reconnus par la constitution de 1982 et par certains documents internationaux.
Les tentatives faites par l’assemblée des Premières Nations composée des chefs des
communautés autochtones pour que le droit inhérent à l’autonomie gouvernementale soit reconnu explicitement dans la constitution dans les années 1980-1990 ont échoué. En revanche, plusieurs communautés autochtones ont obtenu différents degrés d’autonomie dans le cadre du processus de revendications territoriales ou d’ententes négociées avec l’État. L’accord définitif Nisga’a reconnaît à cette communauté le droit de s’autogouverner à l’intérieur des 2019 km2 de la vallée de la Nas ; cela inclut le droit de gérer leurs biens et leurs ressources ainsi que celui d’édicter des lois concernant la citoyenneté, leur langue et la culture nisga’a. Mais la pleine autonomie qui leur permettrait de se prendre en mains et de contrôler leur destinée leur fait encore défaut.

Des droits remis en cause, un mouvement d’ampleur nationale.

Ces droits territoriaux et politiques ont notamment été remis en cause par deux lois omnibus du gouvernement Harper qui contiennent des restrictions sans précédent des droits autochtones sur leurs terres et leurs ressources : elles visent, entres autres, à en garantir l’accès aux investisseurs étrangers. Ces deux lois ont entraîné un vaste mouvement de révolte des autochtones appelé Idle No More (Fini l’inaction) qui a pris une ampleur nationale, et a obtenu de nombreux soutiens d’organisations canadiennes et internationales. Il dénonce, outre les deux lois omnibuset leurs conséquences, les conditions de vie dans certaines réserves : logements surpeuplés, taux de chômage supérieur à la moyenne, points d’eau limités, espérance de vie inférieure à la moyenne, alcoolisme très répandu...

Vers un mouvement de transformation sociale pérenne ?

Malgré la reconnaissance de certains de leurs droits qui ont été longtemps niés, les autochtones restent cependant globalement défavorisés et ce mouvement a le mérite de les rassembler dans une même lutte. Pour autant, la grande complexité de la réalité autochtone (six cent dix-sept bandes [3] aux intérêts divergents et aux acquis juridiques différents), interroge sur la possibilité de faire de ce mouvement de contestation un mouvement de transformation sociale pérenne, qui irait au-delà de l’opposition au gouvernement Harper.

Quoiqu’il en soit, le mouvement Idle No More aura su générer une cohésion sans précédent entre autochtones et non-autochtones et aura eu pour effet d’informer largement sur les revendications particulières des Premières Nations.

A lire

Au Canada, la fin de la résignation pour les peuples autochtones
PATAUD CÉLÉRIER, Philippe, in Le Monde Diplomatique, 2014/05
Un article très complet sur le mouvement Idle No More et ce qui lui a donné naissance : inégalités, injustices, racisme, violences faites aux femmes autochtones...

Les sociétés transnationales minières face au droit des peuples autochtones : Quels acteurs, pour quels enjeux ?
LEVACHER, Claire, GITPA, 2012
Quels que soient les minerais et quels que soient les pays concernés, les projets miniers ont pour conséquences de graves conflits sociaux engendrant violations des droits humains et des droits des peuples autochtones. Ce document fait un état des lieux des conflits qui ont opposés peuples autochtones et industries extractives, leurs enjeux ainsi que les contextes juridiques et les différents recours mobilisés pour y faire face : droit international, droit national, et en son sein, les législations minières, environnementales ou foncières qui prennent ou non en compte ce droit. L’étude de plusieurs cas représentatifs permet de mettre le doigt sur les stratégies mobilisées par les peuples autochtones pour y faire face, et le rôle central des agences internationales et des ONG.
Voir le document en ligne

Amérindiens : autonomie et résistance par la vidéo
GERGAUD, Sophie, in ALTERMONDES n° 24, décembre 2010.
Ces vingt dernières années, de nombreux ateliers vidéos communautaires ont vu le jour à travers l’Amérique indienne. Les autochtones suivent ainsi des formations à l’audiovisuel et réalisent leurs propres films, à la fois pour eux-mêmes et pour faire connaître, à l’extérieur, leurs cultures et leurs combats. Coup de projecteur sur le Wapikoni Mobile, au Québec.

Quel avenir pour les peuples indigènes ?
RAZON, Jean-Patrick, in ALTERMONDES n°16, p. 28-30, décembre 2008- février 2009
Les peuples indigènes apparaissent comme porteurs d’avenir, tant par leur modèle de développement que par les valeurs qui soudent encore leurs sociétés.

Exploitations forestières et peuples autochtones
GITPA, éditions l’Harmattan, 2007
La déforestation massive dans diverses parties du globe (Amazonie, Bornéo, péninsule malaise, Indonésie, Afrique centrale et orientale, le Grand nord) cause non seulement des ravages écologiques, mais menace la survie même des peuples qui, depuis des millénaires, habitent la forêt. Cet ouvrage est consacré à l’analyse de la situation et des menaces que connaissent les peuples autochtones des forêts et aux solutions permettant une gestion durable des forêts.

Il y a de la place dans le monde pour bien des mondes
SURVIVAL INTERNATIONAL in ETHNIES, VOL. 17, N° 29-30 (01/01/2003)
La situation des peuples indigènes dans le monde est souvent dramatique, parfois tragique ; cependant, il serait fallacieux de ne voir ces peuples que sous cet angle, dans le rôle de victimes éternelles. Les peuples indigènes n’ont cessé depuis les années soixante de se mobiliser pour résister aux politiques d’extinction ou d’assimilation auxquelles semblait les vouer l’idéologie du développement. Peu à peu, ce mouvement a fait d’eux des acteurs à part entière sur la scène politique internationale.

Un Tibet au Canada : La mort programmée des Innu
SURVIVAL INTERNATIONAL in ETHNIES, VOL. 14, N° 26, 2000
Pourquoi une communauté indigène d’un pays riche comme le Canada souffre-t-elle du plus haut taux de suicide dans le monde ? Pourquoi des familles sont-elles déchirées par l’alcool et la violence ? Ce rapport révèle comment la politique du gouvernement canadien, sous couvert d’un "progrès" bénéfique, a brisé la vie des Innu du Canada oriental, un peuple jadis autonome et indépendant.

La question des peuples autochtones
SCHULTE-TENCKHOFF, Isabelle, éditions Bruylant-Bruxelles 1987
Cet ouvrage expose la situation actuelle des peuples autochtones dans le monde. Il éclaire sur leurs efforts soutenus depuis le début du XXè siècle pour en arriver à se faire reconnaitre comme sujets de droit international, sur les progrès déjà accomplis en ce sens, sur les ambiguités et les embûches qu’il faudra encore clarifier et contourner avant d’y parvenir.

A voir

Hi-Ho Mistahey
Alanis Obomsawin, 2013, 99 mn
L’histoire du « Rêve de Shannen », une campagne nationale pour que les enfants des Premières Nations aient accès à une éducation équitable et à des écoles sécuritaires et adéquates.

La Couronne cherche-t-elle à nous faire la guerre ?
Alanis Obomsawin, 2002, 96 min
Long métrage documentaire sur la petite communauté autochtone d’Esgenoopetitj, ou Burnt Church, au Nouveau-Brunswick, à qui le gouvernement canadien semble avoir déclaré la guerre à l’été 2000. Comment expliquer cette attaque ? Pourquoi des officiers du gouvernement canadien ont-ils recours à un tel comportement envers des citoyens qui exercent un droit reconnu par le plus haut tribunal du pays ?

Kanata : l’héritage des enfants d’Aataentsic
René Sioui Labelle, 1998, 52 min
Documentaire d’une densité poétique et personnelle sur la nation huronne-wendat. René Siouï Labelle retrace l’itinéraire de ses ancêtres. Le passé méconnu émerge de rencontres pendant lesquelles seront évoqués le rapport entre l’être humain et son environnement, la reconnaissance et la transmission du patrimoine, la défense des droits des Amérindiens, et une spiritualité unique fondée sur la diplomatie et le respect.

Kanehsatake, 270 ans de résistance
Alanis Obomsawin, 1993, 119 min
Documentaire sur la confrontation historique qui a propulsé les problèmes des Autochtones de Kanehsatake et du village d’Oka au Québec au premier plan de la scène internationale et de la conscience des Canadiens. Au cours de cet été épuisant de 1990, la productrice et réalisatrice Alanis Obomsawin, elle-même Abénaquise, a passé 78 jours et nuits angoissants derrière les barricades dressées par les Mohawks, à tourner des images du conflit armé les opposant à la Sûreté du Québec et l’Armée canadienne.

Uranium
Magnus Isacsson, 1990, 48 min
Documentaire sur l’exploitation de l’uranium au Canada. Ce pays est le plus important producteur et exportateur d’uranium au monde. Or, les résidus des mines d’où est extrait ce métal se transforment à l’air libre en une douzaine d’autres substances radioactives dont certaines sont extrêmement dangereuses... et dont les effets sont incontrôlables.

Les films Wapikoni Mobile
Doté d’un studio mobile, cet organisme circule dans les communautés autochtones et offre aux jeunes des Premières Nations des ateliers permettant la maîtrise des outils numériques par la réalisation de courts métrages et d’œuvres musicales. Il a pour objectifs de combattre l’isolement et le suicide chez les jeunes des Premières Nations, de diffuser les films qu’ils ont réalisés, et de sensibiliser différents publics aux enjeux des Premières Nations en valorisant une culture riche et trop souvent méconnue.

Pour aller plus loin

L’Encyclopédie Canadienne : cette encyclopédie en ligne consacrée au Canada propose de nombreux article sur les peuples autochtones.

L’Assemblé des Premières Nations : L’Assemblée des Premières Nations (APN) est une organisation nationale de défense des intérêts qui représente les citoyens des Premières Nations au Canada, soit plus de 900 000 personnes réparties dans 634 communautés des Premières Nations, villes et villages de tout le pays.

Le magazine Premières Nations : cette publication créée en 2009 et entièrement réalisée par les Premières Nations a pour but de mieux faire connaître ces dernières, les différentes communautés qui existent, et la richesse de leur culture millénaire encore bien présente de nos jours.

La fiche consacrée aux Amérindiens sur la plate forme Bretagne & diversité qui a pour objectif de témoigner, par le biais de réalisateurs du monde entier, de la singularité des cultures, mais aussi des difficultés rencontrées pour que soient reconnus les droits des minorités et les droits de l’homme.

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