Le renouveau des circuits courts alimentaires en France

Publié le : , par  Francine

Circuits courts, de quoi parle -t-on ?

L’approvisionnement des français était basé sur les circuits courts jusqu’à la 2ème guerre mondiale. Ils ont décliné pendant les "30 Glorieuses" avec le développement des transports notamment frigorifiques et l’internationalisation des marchés mais ils ont trouvé un regain d’intérêt depuis le début des années 2000.

D’après la définition officielle (2009), les circuits courts sont un mode de commercialisation de la production alimentaire qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur. La distance géographique n’est pas prise en compte pour ne pas exclure les producteurs qui vendent par Internet. Mais dans les faits, la majorité des circuits courts revêtent une dimension locale, au plus régionale.

Quels modèles pour les circuits courts en France ?

Il existe plusieurs modèles de circuits courts, depuis la vente directe sur les marchés ou à la ferme jusqu’à la vente à la restauration collective,en passant par la vente par Internet et les AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne).

Les AMAP établissent un contrat entre un groupe de consommateurs et un producteur dans lequel les premiers s’engagent à financer une partie de la récolte du producteur et à s’impliquer dans la vie de l’AMAP, moyennant la livraison de paniers, surtout de fruits et de légumes souvent bio. La 1ère association a été créée en 2001 et on en compte actuellement plus de 2000, qui représentent 320 000 ménages et assurent un revenu rémunérateur à 3500 fermes .

Les plateformes numériques de vente en circuits courts se sont elles aussi multipliées : "la Ruche qui dit oui" est un exemple de plateforme permettant à des producteurs de vendre à des communautés de consommateurs réunis en ruches, qui existent actuellement dans plus de 800 villes.

Les circuits courts en progression

Au total, les circuits courts ,en 2015, selon l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) assurent 10% du marché de l’alimentation contre 6% en 2010. Les plus utilisés par les producteurs sont la vente sur les marchés ou à la ferme, loin devant les AMAP. D’après le dernier recensement agricole, les circuits courts sont pratiqués par 103 000 producteurs, soit 1 exploitant sur 5, sur au moins une partie de leur production. C’est loin d’être négligeable. Ces exploitations sont souvent de taille modeste (surface moyenne de 39 ha contre 59 ha pour celles en circuits longs) et plus intensives en main d’oeuvre que les exploitations conventionnelles.

Ce développement des circuits courts s’explique par les avantages qu’ils présentent pour les producteurs, les consommateurs, l’économie locale et l’environnement.

Pour les producteurs, c’est un moyen de vivre décemment de leur travail car la vente directe permet une meilleure valorisation économique et sociale de ce dernier. Les prix, en effet, sont calculés par les producteurs de façon à couvrir leurs coûts de production et à rémunérer correctement leur travail. Ils ne subissent pas de pression de la part de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution comme ceux qui produisent en circuits longs et qui vendent souvent leurs produits à perte. Ils sont aussi plus autonomes dans leurs pratiques agricoles et dans leurs productions qu’ils peuvent faire évoluer au contact des consommateurs ou d’autres producteurs. Par ailleurs, dans les circuits courts, la dimension sociale de l’échange commercial est bien plus forte car le producteur tisse des liens sociaux avec ses clients et gagne en reconnaissance.

Pour les consommateurs, le circuit court représente l’assurance d’avoir une alimentation plus saine, plus sûre. Depuis les crises sanitaires et alimentaires, une part grandissante des consommateurs se méfient des produits de l’industrie agroalimentaire, et sont en demande de produits frais, locaux , ayant une bonne traçabilité et issus d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Les circuits courts répondent à leurs attentes.

Une pratique respectueuse de l’environnement

10% des producteurs qui vendent en circuits courts pratiquent l’agriculture biologique contre 2% en circuits longs. Et ils sont encore plus nombreux à adopter des comportements respectueux de l’environnement ; par exemple ils utilisent moins de pesticides et d’engrais de synthèse, moins de conservateurs et d’emballages que les producteurs en circuits longs. par ailleurs, les circuits courts sont aussi source d’un dynamisme économique local et d’emplois car la diversification des cultures entraîne une surcharge de travail et surtout parce qu’un producteur en circuits courts cumule souvent 3 métiers : producteur, transformateur, vendeur.
En revanche, comme le souligne l’ADEME, si les produits en circuits courts parcourent une distance plus faible, les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas pour autant systématiquement plus faibles, en cause les consommations proportionnellement plus élevées des petits véhicules sur des distantes courtes. Par ailleurs, les transports ne représentent que 17% des émissions totales de gaz à effet de serre de l’agriculture contre 57% pour la production.

Un modèle gagnant pour tous-tes

Au total , les bénéfices des circuits courts sont évidents : développement économique local, création d’emplois, revalorisation de la profession, environnement protégé. Ils font des circuits courts des alternatives pertinentes à l’agriculture productiviste et aux filières longues. les circuits courts sont marginaux actuellement mais ils ont un potentiel de développement important parce que la demande de produits locaux et sains augmente chaque année et qu’ils sont soutenus , depuis le Grenelle de l’environnement (2007) et le plan Barnier (2008) par les pouvoirs publics et par plusieurs villes qui veulent relocaliser l’alimentation de leurs habitants. Pour cela, elles disposent de marges de manœuvre considérables : la maîtrise du foncier et la restauration collective. Notamment elles peuvent racheter les terres en cas de départ à la retraite d’exploitants pour y installer des producteurs biologiques. Les villes interviennent aussi dans les politiques d’achat des cantines et des établissements publics (scolaires, pénitentiaires, de santé). Plus de 6 millions d’élèves déjeunent chaque jour à la cantine. D’ici à 2022, leurs repas compteront au moins 50% de produits" locaux" ou "labellisés" dont 20%
issus de l’agriculture biologique, selon la loi Agriculture et Alimentation promulguée en novembre 2018. Selon l’Agence Bio, en 2015, le marché du bio ne représentait que 3% des achats alimentaires de la restauration collective à caractère social dont font partie les établissements scolaires. On est loin des objectifs de la loi. Mais certaines villes donnent l’exemple comme Mouans-Sartoux, ville de 10 000 habitants, où les repas des cantines scolaires sont 100% bio depuis le 1er janvier 2012 et où 80% des légumes sont fournis par 2 producteurs locaux via une régie agricole bio. Autre exemple : Toulouse qui a créé une régie agricole qui emploie 7 agriculteurs municipaux qui, depuis 2009, pratiquent l’agriculture bio sous la direction d’un ingénieur agronome. Actuellement, 91% des aliments bio proposés dans les cantines scolaires sont produits localement.

La relocalisation de la production alimentaire apparaît comme une réponse indispensable aux enjeux de souveraineté alimentaire, aux problèmes environnementaux liés à l’agriculture productiviste, au maintien de l’emploi rural et agricole. Elle est nécessaire à la construction de modes de production et de consommation durables.

à lire

OUVRAGES

Les circuits courts alimentaires : Entre marché et innovation sociale
Yuna Chiffolleau ; ERES, janvier 2019

Rapport d’information sur les circuits courts et la relocalisation des filières agricoles et alimentaires .
Brigitte Allain et Jean-Jacques Taugourdeau, juillet 2015

PERIODIQUES

LA REVUE DURABLE n°59 été- automne 2017
Pour une transition agroécologique paysanne
Sophie Swaton ;

  • Montpellier se dote d’une politique agroécologique et alimentaire P.32
  • En France, le mouvement des AMAP est très organisé pour défendre la transition agroécologique P.46

LA REVUE DURABLE n°6 Juillet- août-septembre2003
Agriculture : de la nécessité des peuples de se nourrir eux-mêmes

  • La grande distribution française écrase les paysans P.48
  • Des initiatives tentent de rapprocher paysans et consommateurs P.54

LA REVUE DURABLE n°20 avril-mai-juin 2006
Des réponses au "cauchemar de Darwin" : agriculture locale et commerce équitable

  • Vers des citoyens solidaires d’une agriculture de proximité P.19
  • L’association pour le maintien d’une agriculture paysanne passe la vitesse supérieure P.54

Les dossiers d’alternatives économiques n°12, décembre 2017
Transition écologique : la France qui bouge !

  • Le local a le vent en poupe P.65

Les dossiers d’alternatives économiques n°11, septembre 2017
Manger autrement : vers une alimentation durable

  • L’enseignement agricole, un axe stratégique P.50
  • Du bio à la cantine P.52
  • Peut-on se fier à ce qu’il y a dans son assiette ? P.73

Pour aller plus loin

Circuits courts, la lente évolution des producteurs. , par Camille Renard et Anne-Laure Chouin, France Culture, 20/07/2017

circuits courts et circuits économiques solidaires : Socioeco.org est un site ressources de l’économie sociale et solidaire. Il propose de nombreux documents sur la thématique des circuits courts (vidéos, publications, outils pédagogiques, articles...).

Terre de liens : Terre de liens cherche à enrayer la disparition des terres agricoles, alléger le parcours des agriculteurs qui cherchent à s’installer, et développer l’agriculture biologique et paysanne. Cette initiative s’appuie sur une dynamique associative et citoyenne atypique : l’épargne et les dons du public permettent d’acquérir du foncier agricole et de recréer du lien entre paysans et citoyens pour préserver les fermes à travers les générations.

Le site du réseau des AMAP  : le site donne toutes les informations nécessaires sur La AMAP, leurs valeurs, leur fonctionnement, et propose un annuaire des AMAP en France.

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